lundi 9 avril 2012

"Tu as les mêmes yeux que moi, la même couleur de cheveux. Nous nous ressemblons tellement. Toi aussi tu te poseras des questions. Et tu finiras par comprendre, petit frère. Tu verras. [...] On est pareils. Je te regarde dans les yeux et c'est comme si je me regardais dans un miroir qui permet de remonter le temps. Ils ne t'ont fait que pour moi, n'oublie pas."

MICHAELS R., Genesis Alpha, Milan, "Macadam", 2008, Toulouse



Genesis Alpha, un jeu complet où l'on peut évoluer selon ses choix. Josh et son frère Max, plus âgé que lui, sont fous de ce jeu : dès que le week-end arrive, ils passent tous leur temps libre à jouer ensemble, Josh depuis la maison, et Max depuis sa chambre à la fac. 
Mais tout bascule quand Max est arrêté par la police et inculpé pour le meurtre de Karen Crosse, une étudiante à peut près du  même âge que lui. Josh et ses parents sont persuadés que Max est innocent. Cependant, les certitudes de Josh vont être ébranlées par Rachel, la soeur de Karen, qui s'est cachée dans la cabane de jardin de la famille de Josh. 

Elle finit par convaincre Josh que Max avait un autre personnage sur Genesis Alpha et qu’il l’utilisait pour avoir des « proies ». Josh et elle vérifient et découvrent les dizaines de conversations que Max avait avec plusieurs filles. Il recueillait le plus d’informations possibles sur elle, et Rachel faisait partie de ses filles. Sauf que, sur un coup de tête, elle s’est fait passer pour sa sœur. Rachel est donc devenue la cible de Max et non Karen.

Josh ne comprend pas, même s’il sait que Max est bien le coupable. Il fini par avouer à son père ce qu’il a découvert, et en conséquence, Max finit par avouer son crime. Mais lorsque Josh rend visite à Max, celui-ci sous-entend autre chose par rapport à leur ressemblance si forte. Quelque chose que Josh ne comprendra qu’en regardant une émission où apparaît le nouvel avocat de Max. Josh est le clone de Max, et pas seulement un bébé-médicament comme il l’avait toujours pensé.

Josh est-il destiné à devenir un tueur comme son frère/clone ?



Avant de lire le roman, j’ai lu le résumé apéritif, ce que je fais pourtant rarement. Et je pense que je n’aurais pas dû. En fait, il y a un paragraphe que j’aurais préféré ne pas lire : « Tout accuse Max. Mais est-il vraiment le monstre que l’on dépeint ? La vérité risque d’être plus terrible encore… ». Ainsi, durant toute ma lecture, je savais que Max serait coupable, mais je m’attendais aussi à un élément supplémentaire. J’ai adoré l’histoire, mais savoir plus ou moins à quoi m’attendre s’est révélé fort décevant !


Ce livre pose plusieurs questions. 

Premièrement, quelle est l’importance du jeu et d’internet en général dans la “préparation” du crime ? En effet, Max choisit ses “proies” et recueille des informations sur celles-ci grâce au jeu Genesis Alpha. En conséquence, la question de connaître la véritable identité de l’individu auquel on s’adresse par l’intermédiaire d’internet se pose également. Ce n’est pas vraiment le cas de Max ici, même s’il ne révèle que peu d’informations sur lui, mais c’est plutôt le cas de Rachel, qui se fait passer pour sa sœur, sans arrière pensée. Le livre met donc en garde le lecteur : celui-ci doit être très vigilant concernant le monde d’internet, et plus particulièrement lorsqu’il rentre en contact avec d’autres internautes.

Deuxièmement, ce roman pose la question du rôle de l’éducation dans la « création » d’un meurtrier. Est-ce une question de génétique ou d’éducation et d’environnement ? Dans le cas présenté par le livre, j’aurais tendance à dire qu’il y a un peu des deux. En effet, peut-être que Max a été vraiment traumatisé après avoir découvert que Josh était son clone. Mais n’importe quel enfant ne serait pas devenu psychopathe pour autant ; en plus de l’influence de son environnement, Max est fragile. L’un d’un l’autre, cela a crée chez lui un déséquilibre, qui s’est exprimé par une tendance au meurtre. D’ailleurs, il n’est pas dit dans le livre si Max a commis d’autres crimes ou non.

Troisièmement, la question de l’éthique par rapport au bébé-médicament puis au clonage se pose également. 

Peut-on utiliser un être humain pour en guérir un autre ? Quel est l’impact psychologique sur cet être-médicament ? Dans ce récit, je pense que l’impact sur Josh est assez limité car ses parents lui ont expliqué le processus depuis son enfance, ainsi que le fait que ça ne change rien au niveau de l’amour qu’il lui porte. 

Ensuite, peut-on ou non cloner un être humain ? Quelles sont les conséquences pour l’être qui fait l’objet du clonage ? Et quelles sont-elles pour « le clone » ? Le narrateur dans ce récit est « le clone ». Je pense bien sûr que ce n’est pas anodin : en effet, nous pouvons ainsi connaître l’impact de la révélation sur Josh, les questionnements qui en découlent. Josh sait qu’il est différent de son frère, même s’ils ont le même ADN ; ou plutôt, il veut s’en convaincre totalement. Ses parents ne cessent de lui répéter qu’ils ne sont pas plus qu’une sorte de jumeaux : chacun d’un a développé sa propre personnalité. De plus, la différence d’âge implique qu’ils ne sont de toute façon pas identiques, ou plutôt, pas identiques au même moment. En ce qui concerne Max, on ne sait pas vraiment ce qu’il pense, mais on peut deviner que la révélation a un certain impact sur lui, vu les conséquences qui vont en découler (même si on ne peut pas dire que la révélation du clonage soit la seule cause de ces événements).

De plus, la question de l’éthique se pose en parallèle avec la question de la légalité. En effet, si une loi interdisant le clonage est passée, c’est qu’il y a de bonnes raisons. Cependant, dans le roman, l’avis des parents est assez convainquant : ils sont persuadés que cloner un être humain, ne rend pas les deux êtres identiques ; ils en ont d’ailleurs la preuve avec Josh et Max, ils ont tous les deux des personnalités différentes, malgré des intérêts et des goûts proches.

De mon côté, je suis un peu partagée. Je pense que les parents ont eu raison de cacher le clonage, non seulement pour la question de la loi, mais également pour la question des réactions du reste de la population. En effet, ils voulaient sauver la vie de leur enfant, ce n’était pas une sorte de « jeu » pour eux. D’autre part, il reste beaucoup de « superstitieux » et de conservateurs, ceux-ci peuvent ne pas comprendre et ne pas accepter. Mais nous avons une preuve dans ce roman que deux êtres clonés peuvent vivre indépendamment et différemment l’un de l’autre. Selon moi, l’intention des parents dans le roman est louable, ils ont également élevé leurs enfants très correctement, en leur montrant l’importance d’avoir sa propre personnalité. De plus, le contexte du clonage leur est plutôt « favorable », la différence d’âge permet la « différenciation » des individus. Ils ont ainsi sauvé une vie, et donné naissance à un deuxième individu qu’ils aiment autant que le premier, et pour ce qu’il est, indépendamment de son frère. 



Mais, de toute façon, j'ai ADORÉ cette histoire ! De plus, c'est un roman très intéressant à envisager en classe. 

Docteur Jekyll VS M. Hyde. Un combat profond et violent.

Avant de commencer ma lecture, je connaissais déjà des bribes de cette histoire au travers de liens intertextuels dans d'autres oeuvres, notamment dans "La ligue des Gentleman extraordinaires", film dont l'un des protagonistes est le Dr Jekyll/M. Hyde. Il existe également des adaptations cinématographiques dédiées à cette oeuvre. Et je dois dire que je trouve cela dommage. Le suspens a une place importante dans le récit et il a été "gâché" par mes connaissances antérieures ! 

Image du film "La ligue des Gentleman extraordinaires" 


En dehors de cet élément, j'ai vraiment adoré cette histoire ! Je la trouve vraiment intéressante ! 
Néanmoins, je m'interroge sur le public visé par cette oeuvre. À des jeunes de quel âge est-il judicieux de présenter ce roman ?  Je trouve que le vocabulaire peut entraver la compréhension. Cependant, il serait peut-être intéressant d'envisager ce roman pour justement aborder un vocabulaire et un style plus soutenus. En comparaison, des autres romans envisagés durant cette année, le niveau de langue est vraiment différent ! 
De plus, c'est une histoire plus noire qui est présentée, avec une fin tragique, des problèmes plus profonds et plus psychologiques que ce qui a été abordé jusqu'ici au travers des romans (la noirceur de l'âme humaine, la déchéance et les vices, les déviances scientifiques). En effet, certains abordaient des problèmes de fond, mais une fin plus agréable était alors proposée. 



STEVENSON R. L., L'étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde, Gallimard, "folioplus classiques", 2005, Paris

mardi 13 mars 2012

"Tu vois, tu as déjà dit que tu pouvais faire quelque chose comme ça, alors pourquoi ne pas le faire pour de bon, leur montrer que tu pouvais le faire, que ce que tu as dit dans ce bureau était vrai pour de bon et pas faux."

 

"À la brocante du coeur" 

Ce roman raconte l'histoire de Jason, douze ans,  le dernier à avoir vu la petite Alice, qui a été retrouvée morte par la suite. Pour l'inspecteur Braxton, et bientôt pour Trent, "interrogateur" professionnel, cela ne fait aucun doute que Jason est coupable. Le récit nous plonge au coeur de la situation vécue par Jason, et nous montre comment celle-ci lui aura finalement porté préjudice, malgré son innocence. 


Ce roman m'a énormément plu, et plus précisément la fin. Une fin qui finit mal, c'est tout ce que j'aime !


Piste Didactique : Faire rédiger une suite à ce récit.



CORMIER Robert, À la brocante du coeur, Médium, L'École des loisirs, 2008, Paris

jeudi 9 février 2012

"[...] je devinai que les gracieux enfants du monde supérieur n'étaient pas les seuls descendants de notre génération, mais que cet être blême, immonde, ténébreux, [...], était aussi l'héritier des âges antérieurs."

Cet article est dédié à "La Machine à explorer le Temps" d'Herbert George WELLS.

L'explorateur a traversé le temps grâce à sa construction, sa machine. Il atterrit dans un monde qui, a première vue, semble avoir évolué positivement au point que les petits hommes qui y vivent ne doivent plus être agressifs, méchants, égoïstes les uns envers les autres pour assurer leur survie, et quelque part ils ont aussi perdu leur intelligence.. Mais, après plus d'explorations, il découvre la face immergée de l'iceberg : les êtres sauvages et affamés de petits hommes. L'humanité s'est séparée en deux "races" d'êtres : d'un côté des petits hommes stupides et naïfs, apeurés lorsque la nuit tombe, et de l'autre côté, tout aussi stupides, les êtres blancs, guidés par leur instinct. Aucune issue ne semble possible dans ce monde qui, finalement, n'est rien de plus qu'une jungle humaine... Notre société risque-t-elle cette issue ?




Avec cette oeuvre, un ressenti a commencé à germer en moi : les science-fictions, malgré le fait qu'elles mettent en garde contre une société qui aurait évolué dans un abus, sont pour moi majoritairement démoralisantes. Ne peut-il pas exister un récit de ce genre qui transmettrait un message d'espoir ? Bien sûr, former l'esprit critique est un argument fort pour justifier l'aspect excessif des sociétés présentées, mais, excepté "Le Passeur" (vu en classe durant l'année 2010-2011), on ne présente que rarement des solutions ou des situations qui pourraient faire reprendre espoir !
Remarque : je pense que le fait que notre liste de lecture en littérature générale ne comporte presque uniquement que des science-fictions, m'empêche de prendre du "recul" et je me sens plutôt assaillie par toutes ces SF !


À ajouter : commentaire concernant une adaptation cinématographique ;)

H. G. WELLS, "La Machine à explorer le Temps", Mercure de France, Folio SF, 2010

dimanche 27 novembre 2011

"Un jeu imposé, 24 candidats. Seul le gagnant survivra !"

"Hunger Games" de Suzanne Collins est le récit sur lequel portera mon compte rendu de fin d'année. Je ne veux donc pas trop en dévoiler sur ce récit tout bonnement PRODIGIEUX !
Suspens prenant, personnages touchants et forts, histoire folle, effrayante mais tellement possible... J'ai simplement adoré. Je me retiens d'aller acheter le tome suivant, car me connaissant, je vais passer mon temps à le lire plutôt qu'à effectuer les lectures scolaires... Je sais qu'un film issu du récit est en cours de tournage (ou peut-être déjà tourné ?) et je me réjouis de voir le résultat, même si je suis souvent déçue des adaptations cinématographiques.

Bref, je vous le conseille plus que fortement. Un livre qui donne à réfléchir et qui vous tient en haleine du début à la fin...



COLLINS Suzanne, "Hunger Games", Pocket Jeunesse, 2009, Paris 


Voici la bande annonce du film, réalisé par Gary Ross:



Je suis allée voir l'adaptation cinématographique, et j'ai trouvé que cette adaptation respectait vraiment le roman.  Il manque certains éléments psychologiques concernant les personnages, mais il est évidemment difficile de les envisager par l'intermédiaire d'un film. Je pense que c'est une des raisons pour lesquelles je préfère nettement lire un livre que regarder un film, racontant tous les deux la même histoire. Mais, en tout cas,  chouette film ! :)  

Le portrait... (Pffff)

Pour être tout à fait honnête, j'ai commencé la lecture du "Portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde mais il m'a été impossible d'aller plus loin que la 58ème page exactement. L'année passée, nous avons eu droit à un chouette exposé sur ce récit par Brice et Rita et nous avions déjà envisagé le texte. Je connaissais donc l'histoire, la particularité du texte, le rapport au temps. De plus, l'écriture me paraît lourde, difficile à suivre. L'histoire en elle-même m'a donc beaucoup plu mais les contraintes du livre m'ont empêchée d'achever cette lecture.

WILDE Oscar, "Le Portrait de Dorian Gray", GF Flammarion, Flammarion, 2006, Paris



Image extraite du film "Le Portrait de Dorian Gray" d'Oliver Parker

dimanche 9 octobre 2011

Jean-Claude Mourlevat, je dis oui.. trois fois !


"L'enfant Océan", "La ballade de Cornebique" et "La rivière à l'envers". Trois oeuvres sur des thèmes à première vue différents et directement trois coups de coeur !

La première s'inscrit dans la réalité, aussi dure et injuste qu'elle peut l'être. Cette façon de faire parler les protagonistes nous immerge encore plus dans ce récit si émouvant... Une déception : je suis restée sur ma faim concernant... la fin ! Tout ce parcours pour, au final, ne rien savoir de ce que Yann aura pu accomplir, son but étant en partie atteint...

La deuxième, "La ballade de Cornebique", se retrouve selon moi dans la catégorie des récits de voyage initiatique, comme dans "Le Petit Prince" de St Exupéry. "Corne" décide de partir car il a le coeur brisé...  Il entame donc un voyage sans but réel, à part peut-être celui de soigner son coeur, durant lequel il va se voir investi d'une mission : protéger le petit Pié à tout prix. Ainsi, il va rencontrer du monde tout en le parcourant... 
L'écriture rend le récit compréhensible par les jeunes, mais, à certains moments, l'humour et d'autres aspects également me semblent plus facilement déchiffrables par les adultes, et c'est peut-être le but ! 


Enfin, "La rivière à l'envers" m'a surprise ! Je m'étais fait une idée par rapport à la première de couverture, et à cause de l'illustration, je m'attendais à un récit d'aventures pures et dures ! Or, oui c'est bien un récit d'aventure mais une aventure plus profonde que ce qu'il n'y paraît... 
Au début de la lecture, on ne peut dire dans quel monde ni dans quelle époque les personnages évoluent. Dans un premier temps, on peut penser à un monde vraisemblable pour le lecteur, mais plus le récit progresse, plus les doutes s'installent. Au final, ces notions restent floues. Et je pense que c'est ça qui fait le "charme" du récit !



En bref, J'AIME, J'AIME et JE RE-AIME ! 



MOURLEVAT, J-C., "L'enfant Océan", Pocket Jeunesse, 1999, Paris
MOURLEVAT, J-C., "La ballade de Cornebique", Folio Junior, Gallimard Jeunesse, 2009, Paris
MOURLEVAT, J-C., "La rivière à l'envers", Pocket Jeunesse, 2000, Paris